Au Sénégal, la protection des données n’est plus un sujet technique réservé aux spécialistes. Elle touche chaque citoyen, chaque entreprise et chaque service public. Avec la montée des usages numériques, les organismes chargés de veiller au respect des droits se sont structurés. Voici qui agit, comment ces acteurs travaillent et ce que vous pouvez faire, concrètement, pour mieux protéger vos informations personnelles.
💡 À retenir
- La Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) est l’autorité principale. Elle coopère avec l’ARTP, les unités de cybercriminalité et Sénégal Numérique SA, notamment via le CERT national.
- Environ 80% des Sénégalais sont préoccupés par la protection de leurs données personnelles.
- La loi sur la protection des données personnelles au Sénégal a été adoptée en 2008.
- Le Sénégal fait partie des pays africains ayant une stratégie pour la protection des données.
Les autorités de protection des données au Sénégal
Le cadre sénégalais repose sur la Loi n° 2008-12 relative à la protection des données à caractère personnel. Elle a créé une institution dédiée et pose les principes essentiels pour encadrer les traitements. Cette base juridique, complétée de textes d’application, s’inscrit dans une stratégie nationale qui place la confiance au cœur du numérique. Un fait marquant illustre l’urgence du sujet : 80% des citoyens se disent préoccupés par l’usage de leurs données.
L’acteur central est la CDP, autorité administrative indépendante chargée de contrôler, conseiller et sanctionner. Autour d’elle, d’autres organismes interviennent selon leurs mandats : l’ARTP pour le secteur des communications électroniques et la confidentialité des abonnés, les autorités judiciaires et unités spécialisées de cybercriminalité pour l’enquête et les poursuites, ainsi que Sénégal Numérique SA et le CERT national pour la sécurité opérationnelle des systèmes publics.
Qu’est-ce que la protection des données ?
La protection des données vise à encadrer la collecte, l’usage, la conservation et le partage d’informations permettant d’identifier une personne : nom, numéro de téléphone, adresse, identifiant en ligne, photo, données biométriques. Elle garantit des droits concrets aux individus et fixe des obligations aux organisations pour un usage loyal, sécurisé et proportionné.
Elle se distingue de la cybersécurité. La seconde concerne la sécurité technique des systèmes et réseaux, quand la première s’intéresse à la licéité des usages et aux droits des personnes. Les deux sont complémentaires et indispensables pour créer un environnement numérique de confiance.
Présentation des autorités
- CDP : reçoit les notifications/autorisation de traitements, contrôle la conformité, traite les plaintes, sanctionne et sensibilise le public.
- ARTP : régule les opérateurs télécoms et postaux, veille à la confidentialité des communications et peut sanctionner des manquements sectoriels.
- Justice et forces de l’ordre : unités de cybercriminalité (police/gendarmerie) pour l’enquête, la saisie de preuves numériques et les poursuites pénales.
- Sénégal Numérique SA/CERT national : appui technique, réponse aux incidents, recommandations de sécurité pour les administrations et, par ricochet, meilleure protection des données.
Rôle des autorités

La CDP agit comme tiers de confiance. Elle conseille les organismes publics et privés, délivre une autorisation préalable pour certains traitements sensibles (biométrie, santé, vidéosurveillance à grande échelle), enregistre les déclarations, émet des avis et mène des contrôles. Elle peut prononcer des mises en demeure et des sanctions en cas de non-conformité, puis saisir la justice si nécessaire.
Dans les télécoms, l’ARTP veille au respect de la confidentialité des communications et des obligations imposées aux opérateurs, notamment pour la gestion des données d’abonnés et la sécurité des réseaux. Les autorités judiciaires s’occupent des infractions (intrusion, vol de données, escroquerie en ligne), sur la base de la loi pénale. Enfin, sur le plan technique, le CERT national aide à circonscrire les incidents de sécurité pouvant compromettre des bases de données ou des services critiques, en coordination avec la CDP lorsque l’incident implique des informations personnelles et des transferts internationaux.
Cas pratiques
- SMS publicitaires non sollicités : vous pouvez exercer votre droit d’opposition auprès de l’émetteur. En cas de persistance, la CDP peut être saisie. L’ARTP intervient si un opérateur ne respecte pas les règles sectorielles.
- Caméras de vidéosurveillance dans un magasin : affichage obligatoire, finalité claire, durée de conservation limitée. La CDP contrôle la proportionnalité et l’existence d’une autorisation préalable si nécessaire.
- Fuite de données d’un site e-commerce : l’entreprise doit sécuriser, notifier les personnes à risque et coopérer avec la CDP. Le CERT peut appuyer la réponse technique, la justice enquête en cas d’infraction.
- Compte professionnel surveillé de manière excessive : l’employeur doit informer, limiter la surveillance et justifier la finalité. La CDP arbitre en cas de plainte pour atteinte aux droits des employés.
Conseils pratiques pour les citoyens : demandez une copie de vos données (droit d’accès), rectifiez les erreurs, limitez le partage des identifiants, activez l’authentification à deux facteurs, refusez le marketing non désiré et évitez de publier des données sensibles en clair. Pour une structure, formalisez vos traitements, minimisez les données collectées, chiffrez les bases, définissez des durées de conservation, formez vos équipes et prévoyez un plan de réponse aux incidents.
Dans les projets sensibles (biométrie, santé, éducation), réalisez une analyse d’impact sur la vie privée avant déploiement. Même lorsqu’elle n’est pas légalement exigée, cette démarche, souvent attendue par la CDP, réduit les risques et facilite l’autorisation.
Défis et perspectives
Des progrès constants sont visibles, mais plusieurs défis persistent : ressources limitées pour multiplier les contrôles, hétérogénéité de la maturité des entreprises, pression des modèles économiques basés sur la publicité et les traceurs, et montée des risques liés aux services cloud et aux traitements automatisés. L’essor de l’intelligence artificielle et des bases biométriques impose de nouvelles garanties de protection des données, dès la conception, et une gouvernance claire.
Sur le terrain, les PME peinent encore à documenter leurs traitements, à gérer les consentements et à sécuriser convenablement les systèmes. Côté citoyens, la sensibilisation progresse, mais les arnaques en ligne et les demandes abusives de pièces d’identité restent un problème. La réponse passe par un meilleur accompagnement, des référentiels sectoriels, des modèles de clauses pour les transferts internationaux et des campagnes pédagogiques régulières.